Sourire indélébile, voix rauque et charme certain, Garou a vraiment marqué son public. Et ce n'est pas seulement à son rôle de Quasimodo qu'il doit cet engouement. La preuve, c'est que la sortie de son album Seul a été saluée par un carton presque immédiat. Pour que la fête soit complête, il prépare en ce moment même une grande tournée qui se déroulera du 29 mars au 7 juillet dans la plupart des grandes villes de France. Une consécration!
GAROUD'où vient le nom Garou?
Mon vrai nom est Pierre Garand. Lorsque j'étais petit, on s'appelait par nos noms de famille à l'école. "Hey, Garand..." Et il y en a un qui a eu l'idée géniale de dire "Hey, Garou..." Et c'est resté. De plus en plus de potes m'appelaient Garou et quand j'ai commencé à chanter dans les bars à l'âge de 19 ans, si j'avais mis Pierre Garand, personne ne serait venu. J'avais plus de chance en gardant Garou.
Ca fait penser au loup...
Le loup aussi me ressemble beaucoup. Cette liberté, cette vie nocturne et en même temps le sens de la famille. Le loup est très protecteur, très instinctif. Il a aussi besoin de liberté. M'appeler Garou, c'était dans mon karma.
C'est aussi votre côté rebelle?
C'est vrai que si instinctivement, je n'adhère pas à quelque chose, je ne choisis pas de le faire quand même pour être plus social. J'aime parler, mais je ne vivais pas en société à tout prix.
Vous êtes du genre sans concessions?
Essentiellement pour les gens que j'aime. Dans mon métier, je pensais devoir en faire. Et finalement tout s'est fait naturellement. La signature avec une grosse équipe comme Sony n'était pas prévue au programme. J'ai toujours travaillé pour moi, j'étais mon propre manager et je fuyais tout ce qui ressemblait à une grosse structure. Et là, on arrive avec tous les n°1 du milieu. L'équipe que Céline est René m'ont offerte!
Quand Céline vous a proposé son équipe pour votre album, elle vous a dit pourquoi?
Elle était venue voir le spectacle de Notre-Dame et j'ai appris aprés coup qu'elle avait beaucoup entendu parler de moi dans le métier. Mais c'est surtout grâce à René tout ça, parce que c'est de lui que tout vient. On s'était rencontré une fois et j'avais bien apprécié sa poignée de mains. Quelques mois plus tard, je suis allé à Westpoint Beach en Floride, où ils ont leur maison. Nous avons diné tous les trois et c'est là qu'ils m'ont proposé de travailler avec leur équipe. René a dit que ce n'était pas le chanteur ou m'a présence sur scène qui lui a plu. C'est la poignée de mains. J'étais vraiment sidéré parce que le premier contact m'avait vraiment marqué.
Pour vous, Céline a rechanter en pleine année sabbatique. Comment avez-vous fait?
J'ai enregistré la chanson Sous le vent à Londres et je l'ai envoyé à René comme les autres titres. Céline me donnait toujours sa façon de penser. Elle a commencé à la chanter à la maison et René à force d'entendre le duo, à proposer à Céline de la chanter. Elle ne voulait pas s'imposer et je n'aurais pas osé le demander. C'est René qui le lui a demandé. Quand je suis allé passer trois jours au Québec, je suis allé chez Céline avec une guitare. On a chanté la chanson et c'était décidé. On avait eu le déclic ensemble.
Qu'est ce qu'elle vous a apporté d'autre?
Le plus beau cadeau qu'un artiste puisse rêver : son équipe. Humainement, Céline m'a beaucoup appris. Elle est si naturelle. Cela prouve que si elle s'est hissée à la première place, c'est en partie parce qu'elle a toujours su rester vraie. On m'a demandé si ça ne m'enflait pas la tête de travailler avec cette équipe. Mais au contraire, je me sens très inférieur. Je suis le débutant de l'histoire. Je suis avec des pros qui ont travaillé avec des grosses pointures aux Etat-Unis!
Allez-vous faire une version anglaise de votre album?
Je ne vais pas faire celui-là, mais on en fera un, forcément. Il a fallu les convaincre de faire celui-là en français avant l'américain, l'année prochaine. C'est "Garou au pays des merveilles".
Comment avez-vous choisi les textes pour votre album Seul?
C'est parti dans tous les sens. Et ça prouve qu'il n'y a pas de recettes. Beaucoup de discussions avec Luc Plamandon, des textes qui m'ont surpris. Chaque chanson, c'est une histoire d'amour. Il y a aussi des chansons qui me suivent depuis trois ans.
Ca fait donc trois ans que vous envisagez de le faire, cet album?
Pas nécessairement mais ça fait des années qu'on me le propose. On m'attendait tellement que j'ai bien failli faire un film au lieu d'un album (il éclate de rire). Je me disais "ce serait tellement drôle!". C'etait plus pour rigoler mais j'aime tellement rigoler dans la vie que j'aurais été capable de le faire. Mais comme je ne me sens pas acteur, même si j'ai quelques propositions, j'ai renoncé. Surtout qu'on me proposait des premiers et seconds rôles. Moi, j'aimerais commencer par deux minutes. Un petit deux minutes à l'écran, pour voir ce que je vaux.
Quels genres de rôles vous a t-on proposé?
Des rôles à la James Bond, des amours platoniques... Plein de choses différentes. Et comme je suis très joueur, ça m'attirait.
Dans votre album, il y a une chanson écrite par une femme : La moitié du ciel. Qu'est ce qui vous a donné envie de chanter ce texte?
Parce que c'est une chanson de femme et que je chante aux femmes. J'ai connu beaucoup de femmes qui avaient été abusées, dont celle qui m'a poussé à continuer. C'était une amie très proche. Elle a été battue et violée, c'était atroce. Tu as envie de crier ça aux hommes. C'est un cadeau de pouvoir leur dire ça.
Pourquoi avoir appelé votre album Seul alors que beaucoup de gens ont écrit pour vous?
La réponse est dans le texte de la chanson. Un teste qui me suit depuis longtemps et que je ne comprenais pas. Parce qu'à l'époque, j'étais le bonhomme sourire dans les bars, qui faisait rigoler tout le monde. Puis, quand est arrivé Quasimodo, j'ai eu envie de plus de profondeur, cette solitude! Pour moi qui ai toujours été amoureux du public, tout à coup, il a fallu que j'en fasse abstraction. C'était impossible de chanter Quasimodo si je n'oubliais pas le public. C'est cette solitude-là qui m'a apporté beaucoup de sagesse. "Celui qui n'a jamais été seul peut-il seulement aimer..." J'avais besoin de cette solitude-là avant de faire un album.
Pourquoi n'avoir rien signé dans votre album?
Parce que pour l'instant, ça m'intéresse moins. Je voulais être interprète, c'est plus magique de s'approprier une chanson. Mais ça ne m'empêche pas d'écrire chez moi!
Vous écrivez pour d'autres?
Non mais j'aimerais ça. J'aimerais écrire pour tout le monde. Daniel Lavoie a écrit Bébé Dragon, un disque pour les enfants. C'est génial. C'est ça que j'aimerais faire!
Est-ce que c'est aussi par pudeur, pour ne pas vous dévoiler dans vos propres textes?
Mais je me mets à nu quand j'interprète une chanson! C'est ça qui est magique. Je reçois une chanson, je l'écoute et je me rends compte que c'est tout à fait moi. Bien plus que si j'avais écrit le texte moi-même.
On vous a connu en Quasimodo, avec des bosses sur le front. Malgré tout, le public vous a trouvé sexy. D'où ça vient
Aucune idée (rires). Ca, c'est mon plus grand échec! quand on m'a proposé ce rôle, je n'imaginais pas faire une carrière en France. Je me fichais complètement de mon look. Je n'ai jamais été beau gosse ni pris beaucoup de temps pour parler aux femmes. Je n'étais pas celui qui "pognait" comme on dit chez nous.
En claire, vous ne draguiez pas?
Ouais, c'est plutôt moi qui me faisais allumer. Donc, quand on m'a proposé le rôle du chanteur le plus laid de Paris, je me suis dit "je saute dessus!" Et finalement, il s'est passé le contraire. Les gens ont essayé de savoir ce qu'il y avait, caché sous la bosse. Donc c'est un grand échec. Mais je ne le regrette pas.
Mais personnellement, ce doit être agréable d'être apprécié, non?
En fait, je m'étais déjà décoincé. Quand tu es chanteur avec une guitare, généralement, ça marche mieux avec les filles! Quasimodo m'a plutôt incité à une recherche intérieure. Celle d'un amour plus pur. Imagine, être rejeté tous les soirs sur scène! là, tu fais la part des choses.
Le spectacle Notre-Dame de Paris vous colle à la peau. Vous l'avez joué à Londres, comptez-vous le jouer aussi à Broadway?
Les originaux ont priorité sur le rôle. J'aimerai ça, mais peu importe que ce soit à Broadway ou de nouveau en France, j'aimerais le refaire, peut être pour un mois ou deux. Ca me manque, toute l'équipe me manque. Je suis allé voir Hélène à l'Olympia. Pour ma tournée, j'ai envie de Dieu que le monde est injuste. J'ai vraiment envie de le rechanter tellement cette chanson me manque.
Vous serez bientôt en tournée. La scène doit vous manquer!
Mon vrai plaisir, c'est la scène. J'aime toujours monter sur une scène bien que parfois, j'aimerais être assis dans la salle. Au Québec, j'ai vu Patrick Bruel la veille de son concert. Il m'a invité sur scène et j'ai bien aimé. Mais j'aurai bien aimé aussi voir le show.
Difficile de résisiter aux boeufs, pas vrai?
Tous mes spectacles sont des boeufs entre copains. On a essaye d'être les plus libres possible. Comme quand je prends ma trompette à une jazz session.
Si on vous proposait une autre comédie musicale?
Ah non. Non parce que le parcours de Notre-Dame était trop fabuleux.
Avoir autant de chance, ça ne finit pas par blaser?
Il y a plein de gens qui me disent, "tu le mérites". Mais moi, je ne considère pas que je le mérite. Chaque matin, je me dis : "Aujourd'hui, je vais m'arranger pour le mériter". Le soir quand je me couche, je me dis "Non, pas encore. On ira au-delà demain!" Et en même temps, je me satisfais d'un rien.
Quest ce qu'il vous faut pour être heureux?
Papa, Maman, mon beau frère et les deux enfants de ma soeur (avec un immense sourire). J'en suis gâteux. Mes plus belles journées, c'est quand on joue au base-ball avec mon neuveu qui est aussi mon filleul. J'aimerais avoir des enfants! Seul l'avenir le dira, mais j'ai hâte. Pour l'instant, je profite des enfants des autres. Je suis pleinement heureux!
Il ne vous manque rien?
Si, du temps!